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  • : Le blog de Pierre Collenot, citoyen de Brie-sous-Matha
  • Le blog de Pierre Collenot, citoyen de Brie-sous-Matha
  • : Réflexions d'un citoyen sur sa commune en Charente-Maritime.
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« La démocratie ne consiste pas à mettre épisodiquement son bulletin dans l’urne, à déléguer les pouvoirs à un ou plusieurs élus, puis se désintéresser, s’abstenir, se taire, pendant cinq ou sept ans. (...) La démocratie n’est efficace que si elle existe partout en tout temps. Le citoyen est un homme qui ne laisse pas aux autres le soin de décider de son sort commun. Il n’y a pas de démocratie si le peuple n’est pas composé de véritables citoyens, agissant constamment en tant que tels. »

Pierre Mendès-France - La république moderne.


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7 novembre 2008 5 07 /11 /novembre /2008 11:29
Journal Sud-Ouest – 6 novembre 2008

Un blog créé par un résidant récent bouleverse la vie réglée d'un village de 170 habitants en Charente-Maritime

Zizanie sur le Net
 

Pierre Collenot. Il a inauguré son blog en publiant les indicateurs financiers de la commune en janvier. photo D. B.


« Il est temps que ça s'arrête », soupire Pierre Speletta, le président d'un club du troisième âge, dont une quinzaine de membres se retrouvent le premier mardi de chaque mois pour taper la belote. Un moment pour se concentrer sur les cartes, en évitant d'aborder le sujet qui pourrait semer la zizanie.
 
Perdu entre Saint-Jean-d'Angély et Cognac, le village viticole de Brie-sous-Matha et ses 170 habitants vivent aujourd'hui une resucée de « Don Camillo ». Version troisième millénaire. Ce n'est pas la parole du Seigneur qui est mise en doute ici mais les écrits d'Internet, à la source d'un conflit entre le maire, Bernard Goursaud, qui tient les rênes municipales depuis 1977, à l'un de ses administrés, Pierre Collenot. Ce dernier a créé un blog (1) en janvier dernier, dans lequel il commente librement l'actualité municipale et pointe les « dérives du maire ».
 
Six ans plus tôt, il n'aurait pas imaginé se plonger dans les articles du volumineux Code général des collectivités territoriales. À l'heure de la retraite, en 2002, cet ancien directeur des ressources humaines d'une partie du groupe Carrefour domicilié en Normandie tombe sous le charme de ce joli village édifié avec des lumineuses pierres blanches calcaires. Autour, vignoble du cognac et champs céréaliers s'étendent à perte de vue.
Tensions préélectorales.
 
Pierre Collenot s'intègre rapidement dans la vie locale. Au point d'initier à l'informatique des habitants. Il leur fait partager sa passion de l'histoire et du patrimoine en organisant des réunions pour faire ressortir la mémoire du village.
 
Le tournant se produit lors de la cérémonie des vœux en janvier dernier au cours de laquelle, selon Pierre Collenot, le maire assure que la « commune va bien ».
 
« Tous les ans, c'est "tout va très bien, madame la marquise", mais non. Quand je regarde la situation financière et l'endettement, c'est une contre-vérité », se dit alors Pierre Collenot.
 
Saisissant l'occasion de la période électorale pour investir l'espace public, Pierre Collenot créée donc un blog « citoyen » dans lequel il fait apparaître différents indicateurs financiers. Tirés du ministère de l'Économie et des Finances, les chiffres indiquent que c'est dans cette commune que l'encours de la dette par habitant est le plus élevé des 24 communes du canton de Matha. Avec un taux deux fois supérieur à la moyenne.
 
Revenant rétrospectivement sur ce blog, la première réaction du maire est de crier au règlement de comptes politique. Membre du bureau national du Parti ouvrier indépendant (un parti d'extrême gauche qui vient de prendre la succession du Parti des travailleurs) créé par les ex-candidats à l'élections présidentielle Daniel Gluckstein et Gérard Schivardi, il y voit la main des socialistes du cru. Candidat aux dernières élections cantonales, le maire a en effet contribué à faire battre le conseiller général sortant socialiste en appelant ses électeurs à voter pour la candidate UMP au second tour.
 
« Faux », réplique Pierre Collenot. S'il confirme être membre du PS, il ajoute qu'à aucun moment, son étiquette politique n'apparaît sur son blog.
 
La bataille s'intensifie.

Un blog sur lequel les juges se sont vite penchés. Car le maire dépose une requête devant le TGI (tribunal de grande instance) de Saintes pour faire interdire le site. Débouté au printemps par le TGI, le maire et le Conseil municipal ont fait appel devant la cour d'appel de Poitiers.
 
Entre-temps, Pierre Collenot s'est présenté, et a été élu, en tant que candidat isolé lors des dernières élections municipales à l'issue desquelles le maire s'est vu reconduire dans ses fonctions.
 
La campagne électorale achevée, les polémiques reprennent de plus belle. Pierre Collenot alimente de manière croissante les messages sur son blog. Il n'est plus seulement question des finances de la commune. Tous les éléments qu'il estime être des entorses au droit sont mis en ligne : gestion des permis de construire, faux en écriture publique, pénalités pour le refus de contribuer au financement de l'école intercommunale... Et surtout la situation de trois anciennes carrières, devenues des décharges sauvages.
 
L'affaire prend un tour moins virtuel quand le blogueur fait appel au président d'une association écologique. Considérant que des déchets toxiques y sont déversés, il saisit la préfecture de la Charente-Maritime. Qui dépêche sur place un inspecteur de la Drire (Direction régionale de l'industrie, de la recherche et de l'environnement). Parallèlement, une nouvelle procédure est déclenchée avec la saisie du tribunal administratif de Poitiers au titre d'une infraction au Code de l'urbanisme.
 
« Vase clos ».

Face à cette irruption de la justice dans les affaires de la cité, Bernard Goursaud affiche une mine dépitée. « À croire qu'il voudrait que je verbalise et dénonce tout le monde, et que je traîne devant les tribunaux ceux qui ne sont pas à jour de permis de construire, ceux qui font des feux de branchages sans les déclarer... Mais dans ce cas, tout le monde m'étriperait. »
 
Ce blog redresseur de torts signerait-il la fin d'une forme de paix civile communale qui prendrait quelques libertés avec la légalité ?
 
« Non, il s'agit plutôt de mettre fin à une forme de légitimité par le pouvoir qui sent bon le clientélisme », affirme Jean-Jacques Labrousse. Désapprouvant la méthode utilisée - « un mauvais outil pour une population comme Brie car on introduit un bulldozer pour s'en prendre à une mouche », le conseiller municipal d'opposition est d'accord sur la forme. « Il n'y a jamais eu vraiment d'opposition. Vous savez, ici, tout le monde se connaît, tout s'est toujours réglé entre familles en vase clos. » Il est d'autant mieux placé pour en parler qu'il est le beau-frère du maire. Élu sur sa liste en mars, il est maintenant l'un de ses opposants résolus.
 
Le maire peut également compter sur ses partisans.
 
Le président du club du 3e âge est aussi adjoint. Pierre Speletta pense ainsi que « le jeu de ce monsieur très procédurier en vaudrait la chandelle s'il y avait banqueroute. Là, c'est lamentable, ça n'apporte rien à la commune ».
 
Le blog de Pierre Collenot est aujourd'hui consulté quotidiennement par 30 à 40 visiteurs. Pas tant des habitants (moins d'un foyer sur quatre serait raccordé au Web) que le personnel de mairie et des maires des environs qui suivraient de près ce feuilleton.
 
Qu'en pensent-ils ? « On en entend parler, du blog », confirme un maire d'une commune voisine, qui se veut mesuré dans le propos. À le croire, les faits dévoilés ne sont pas une surprise pour ces élus. « Le blog Collenot est fondé sur une réalité », estime-t-il, ajoutant à l'aide d'une métaphore que Bernard Goursaud « récolte ce qu'il a semé ». Pour autant, le conflit se cristalliserait aussi selon lui autour « d'un problème de personnes, toutes deux très procédurières ». Car il pense dans un second temps « qu'il faut savoir se calmer ». Au nom d'un certain art du bien vivre rural, il justifie l'intérêt de ne pas respecter tous les règlements à la lettre et de faire « quelques pas de côté ».
 
Prochain épisode de cette guérilla judiciaire en novembre : les deux protagonistes se retrouveront au tribunal correctionnel de Saintes. Bernard Goursaud et un entrepreneur local attaquent Pierre Collenot pour diffamation.
 
Un énième procès qui en rappelle un autre à Pierre Collenot. Celui d'un habitant de la commune, jugé pour avoir prononcé le nom de « mordiou », considéré à l'époque comme blasphématoire. Déjà une affaire de mots. Menacé de bûcher, le sort de cet homme demeure inconnu car la pièce de son jugement n'a pas été retrouvée. On était en 1598.
 
(1) briellois.over-blog.com

Auteur : David Briand

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